- fmsbw, de Raoul Hausmann, 1918
“l’abstraction langagière qui se trouve au coeur de la plupart des oeuvres dadaïstes est une agression à l’encontre des fonctions communicatives du langage, une manière de saper l’idée de communauté” .
” … et même la dépasser pour préserver à la poésie son domaine le plus sacré.” Leah Dickerman
fmsbw, déconstruit pour mieux reconstruire, la poésie ne réside pas forcément dans le sens des mots, mais dans l’agencement visuel de signes et le surgissement de sons.
“Le poème n’est pas le but de la poésie, celle-ci peut tout aussi bien exister ailleurs.” Tzara

C’est en référence à ce poème que Kurt Schwitters composera Usonate, son exercice extravagant de poésie sonore.
Ursonate est considérée comme la plus aboutie de toutes les poésies “concrètes” de K.S. Traduite parfois sous le terme de “Sonate de sons primitifs”, cette oeuvre est née en 1922 de la répétition compulsive des lettres fmsbw tirées d’un poème -affiche de Raoul Hausmann. Sorte de poème infini, dépourvu du moindre sens et agrémenté de mélodies sans cesse répétées. Bref, une bonne dose d’absurdité
Petite Biographie de Raoul Hausmann,
R. H. écrivain, peintre et photographe, né à Vienne en 1886 dans une famille d’artiste. D’origine tchèque, son père est un peintre académique. Fasciné par les futuristes, mais aussi par Manet, Cézanne, Renoir, Van Gogh et Seurat.
Il rentre aux Beaux-Arts à Berlin à 14 ans.
Il peint, assemble des objets comme par exemple l’Esprit du temps, une tête de mannequin affublée de différents instruments de mesure. Il revendique le photomontage, dont il dit avoir eu l’idée en regardant les images de grenadiers fournies par l’armée, sur lesquelles on collait la photo d’un mari ou d’un frère mobilisé. Cette pratique finit par tant l’occuper qu’il délaisse peu à peu la peinture, pour s’intéresser particulièrement à la typographie. Sa conception des poèmes s’étend au son, à la lettre et à la couleur. Il imagine même une machine qui transforme les couleurs en sons.
En 1919, il fait inscrire en toutes modestie sur sa carte de visite: “Président du soleil, de la lune et de la petite terre (surface intérieure), Dadasophe, Dadaraoul, directeur du cirque Dada”.
En 1917 en Allemagne, le mouvement dada est en gestation parmi une poignée d’agitateurs poètes, comme Baader, Huelsenbeck, Richter, Jung ou Schad.
Il naîtra en 1918, autour de Jung, Huelsenbeck et de Hausmann.
“Ce n’est pas nous qui avons fait Dada. Dada était une nécessité. Dada était flagrant partout.”
Raoul Hausmann vit avec l’artiste Hannach Höch, rencontré en 1915, avec qui il restera 7 ans.
En 1933, Hausmann fuit l’Allemagne nazie pour l’Espagne où il restera 2 ans sur l’île d’Ibiza, réalisant quantités de photographies de l’architecture locale. Puis, en 1936, il fuit à nouveau la guerre, il se réfugie en Tchécoslovaquie et enfin en France, pour s’installer définitivement à Limoges en 1944. C’est là qu’il écrira Courrier dada, en 1958
“Moi je dis que Dada est une attitude spirituelle et pratique, qui n’a pas d’équivalent dans le XX° siècle. Et c’est beaucoup.“
Il gardera un oeil -même isolé à Limoges- sur les héritiers du mouvement, comme Guy Debord, (situationniste) avec lequel il aura une relation suivie. Il meurt en 1971, en France.
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